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Que risque une entreprise en cas de travail illégal ?
Tout travail rĂ©alisĂ© par un employeur ou par ses salariĂ©s doit ĂȘtre dĂ©clarĂ©. En lâabsence de dĂ©claration, ou en cas de dĂ©claration incomplĂšte, lâactivitĂ© est considĂ©rĂ©e comme illĂ©gale. Elle est alors qualifiĂ©e de travail au ânoirâ, ou travail dissimulĂ©. Les contrĂŽles peuvent entraĂźner des sanctions financiĂšres, administratives et pĂ©nales. Si elle recoure Ă la sous-traitance, lâentreprise est responsable en cas de travail illĂ©gal effectuĂ© par ses sousâtraitants. Nous vous prĂ©sentons les rĂšgles Ă connaĂźtre.
Le travail dissimulĂ© constitue lâinfraction la plus courante, mais plusieurs situations peuvent ĂȘtre constitutives de travail illĂ©gal :
- Dissimulation totale ou partielle dâun emploi salariĂ© (par exemple : absence de dĂ©claration dâun salariĂ©, nonâdĂ©claration du nombre rĂ©el dâheures travaillĂ©es) : il sâagit de travail dissimulĂ© par dissimulation dâemploi salariĂ©.
- Absence de dĂ©claration dâune activitĂ© (par exemple : absence dâimmatriculation au RCS ou au RNE) : il sâagit de travail dissimulĂ© par dissimulation dâactivitĂ©.
- Mise Ă disposition de salariĂ©s dans le but de faire des bĂ©nĂ©fices : cela correspond Ă un prĂȘt de main-d'Ćuvre (ou marchandage) illĂ©gal.
- Cumul dâemplois sans respect des rĂšgles de cumul (par exemple : dĂ©passement du nombre maximal dâheures autorisĂ©es).
- Emploi de travailleurs étrangers qui n'ont pas de permis de travail (visa, carte de séjour, etc.).
- Fausse déclaration pour obtenir des revenus de remplacement (activité partielle, retraite, invalidité, etc.).
Dans des cas trĂšs exceptionnels, lâexĂ©cution du travail, bien que rĂ©alisĂ©e en dehors du cadre lĂ©gal, nâest pas sanctionnĂ©e, sâil sâagit de travaux qui doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s dans l'urgence (risque d'accident imminent ou nĂ©cessitĂ© de porter secours Ă des personnes).
Dans les mĂȘmes situations, un sousâtraitant peut Ă©galement se trouver en situation de travail illĂ©gal.
Pour prĂ©venir toute forme de travail illĂ©gal, lâentreprise doit notamment veiller Ă Â :
- Déclarer son activité, en demandant son immatriculation au RCS ou au RNE
- Déclarer chaque embauche, par le biais de la DPAE
- Ătablir un contrat de travail pour chaque salariĂ©
- Inscrire chaque salarié au registre unique du personnel
- VĂ©rifier que les travailleurs Ă©trangers disposent dâun titre de sĂ©jour et dâune autorisation de travail valides
- ContrĂŽler la conformitĂ© des sousâtraitants (attestation de vigilance).
La lutte contre le travail illégal repose sur un dispositif de contrÎle étendu. De nombreux services et organismes disposent de compétences spécifiques pour détecter, constater et sanctionner ces infractions :
- Agents de contrĂŽle de l'inspection du travail
- Officiers et agents de police judiciaire
- Agents des impĂŽts et des douanes
- Agents des organismes de sécurité sociale (Urssaf, MSA)
- Agents des affaires maritimes, de lâaviation civile et ceux chargĂ©s du contrĂŽle des transports terrestres
- Agents de France Travail
- Agents du CNAPS.
Les pouvoirs des agents compétents pour rechercher et constater les infractions relevant du travail illégal larges. Ils peuvent en effet notamment :
- Accéder à des documents comptables ou professionnels
- Obtenir communication de documents, renseignements ou Ă©lĂ©ments d'informations utiles, mĂȘme lorsquâils relĂšvent habituellement du secret professionnel.
- Agir sous pseudonyme.
Les infractions constitutives de travail illégal sont constatées au moyen de procÚs-verbaux.
Les contrÎles peuvent conduire à des sanctions administratives immédiates, à des sanctions financiÚres et à des poursuites pénales.
Le fait de ne pas respecter les interdictions de travail dissimulĂ© entraĂźne un redressement de cotisations sociales. Le redressement consiste Ă payer les cotisations sociales qui auraient dĂ» ĂȘtre versĂ©es, avec application dâune majoration.
Le redressement est calculé sur une base forfaitaire, fixée à 25 % du PASS.
Pour lâannĂ©e 2026, cette base forfaitaire est Ă©gale Ă 12 015 âŹ.
Si lâemployeur peut apporter des donnĂ©es rĂ©elles sur les rĂ©munĂ©rations dissimulĂ©es versĂ©es aux salariĂ©s, alors le redressement s'applique sur ces donnĂ©es rĂ©elles.
Le montant du redressement des cotisations est majorĂ© dâun taux diffĂ©rent selon la date Ă laquelle la procĂ©dure est engagĂ©e.
Le montant des cotisations est majoré de :
- 35 % en cas de constat de l'infraction de travail dissimulé par dissimulation d'activité ou d'emploi salarié
- 50 % si le travail illĂ©gal porte sur l'un des cas suivants (circonstances aggravantes) :Plusieurs personnes sont employĂ©esIl y a un mineur (qui devrait ĂȘtre scolarisĂ©)Une personne est vulnĂ©rable ou dĂ©pendanteLe dĂ©lit est commis en bande organisĂ©e.
Le redressement porte sur toutes les cotisations sociales et contributions, sauf l'assurance chĂŽmage.
Un délai maximum de 5 ans est prévu pour payer le redressement.
Ce taux de majoration peut ĂȘtre rĂ©duit de 10 points si lâentreprise rĂšgle le redressement dans le mois suivant la mise en demeure, ou si elle prĂ©sente, dans le mĂȘme dĂ©lai, un calendrier de paiement, acceptĂ© par l'organisme de recouvrement.
En cas de récidive dans les 5 ans suivant un premier redressement, la majoration est portée à  :
- 45 % si la majoration lors du 1er redressement était de 35 %
- 60 % si la majoration lors du 1er redressement était de 50 %.
Le montant des cotisations est majoré de :
- 35 % en cas de constat de l'infraction de travail dissimulé par dissimulation d'activité ou d'emploi salarié
- 50 % si le travail illĂ©gal porte sur l'un des cas suivants (circonstances aggravantes) :Plusieurs personnes sont employĂ©esIl y a un mineur (qui devrait ĂȘtre scolarisĂ©)Une personne est vulnĂ©rable ou dĂ©pendante
- 60 % si le délit est commis en bande organisée.
Le redressement porte sur toutes les cotisations sociales et contributions, sauf l'assurance chĂŽmage.
Un délai maximum de 5 ans est prévu pour payer le redressement.
Ce taux de majoration peut ĂȘtre rĂ©duit de 20 points si lâentreprise rĂšgle le redressement dans le mois suivant la mise en demeure, ou si elle prĂ©sente, dans le mĂȘme dĂ©lai, un calendrier de paiement, acceptĂ© par l'organisme de recouvrement.
En cas de récidive dans les 5 ans suivant un premier redressement, la majoration est portée à  :
- 45 % si la majoration lors du 1er redressement était de 35 %
- 60 % si la majoration lors du 1er redressement était de 50 %
- 70 % si la majoration lors du 1er redressement était de 60 %.
Dâici le 1er janvier 2027, un procĂšsâverbal de flagrance sociale pourra ĂȘtre Ă©tabli par un agent de contrĂŽle. Ce mĂ©canisme permettra Ă lâUrssaf de prendre immĂ©diatement des mesures conservatoires en cas de travail dissimulĂ©, et de rendre la contrainte exĂ©cutoire, mĂȘme si le dĂ©biteur fait un recours.
En cas de contrĂŽle, des sanctions administratives peuvent Ă©galement ĂȘtre prononcĂ©es, en plus dâĂ©ventuelles sanctions pĂ©nales en cas de poursuites judiciaires :
- Suppression des aides publiques (par exemple les exonérations de charges sociales ou les aides à l'embauche d'un contrat d'apprentissage) pendant 5 ans maximum
- Remboursement des aides publiques déjà perçues sur les 12 derniers mois
- Exclusion des contrats publics pour une durée maximale de 6 mois
- Fermeture de 3 mois maximum décidée par le préfet avec confiscation du matériel professionnel.
En cas de rĂ©cidive au cours des 5 derniĂšres annĂ©es, une sanction financiĂšre est imposĂ©e au donneur d'ordre. Son montant est Ă©gal Ă l'ensemble des rĂ©ductions ou des exonĂ©rations de cotisations ou de contributions dont il a bĂ©nĂ©ficiĂ© pour les rĂ©munĂ©rations versĂ©es Ă lâensemble de ses salariĂ©s sur la pĂ©riode au cours de laquelle la situation de travail dissimulĂ© a Ă©tĂ© constatĂ©e.
En cas de condamnation, le tribunal correctionnel prononce des sanctions pénales.
La personne reconnue coupable est punie d'une peine d'amende et/ou de prison.
- Lâauteur du dĂ©lit de travail dissimulĂ© risque jusqu'Ă 3 ans d'emprisonnement et 45 000 ⏠d'amende (225 000 ⏠s'il s'agit d'une sociĂ©tĂ©).
- Le prĂȘt de main d'Ćuvre illĂ©gal et le marchandage sont sanctionnĂ©s par 2 ans d'emprisonnement et 30 000 ⏠d'amende (150 000 ⏠pour une sociĂ©tĂ©).
- âŻLâemploi dâun Ă©tranger sans permis de travail expose Ă une peine de 5 ans dâemprisonnement et Ă 30 000 ⏠d'amende par personne (150 000 ⏠pour une sociĂ©tĂ©).
Ces peines sont renforcées en cas de circonstances aggravantes :
- Si le travail dissimulé concerne un mineur ou une personne vulnérable ou dépendante, la sanction va jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 ⏠d'amende.
- Si le travail dissimulé est commis en bande organisée, la sanction est de 10 ans d'emprisonnement et 100 000 ⏠d'amende.
- Si le prĂȘt de main dâĆuvre illĂ©gal et le marchandage sont commis en bande organisĂ©e, la sanction est de 10 ans d'emprisonnement et 100 000 ⏠d'amende.
- Si lâemploi dâun Ă©tranger sans titre de travail est commis en bande organisĂ©e, la sanction est de 10 ans d'emprisonnement et 200 000 ⏠d'amende.
Dans certains cas, une ou plusieurs peines complĂ©mentaires peuvent ĂȘtre prononcĂ©es :
- Interdiction d'exercer lâactivitĂ© professionnelle pendant 5 ans maximum
- Exclusion des marchés publics pendant 5 ans maximum
- Confiscation d'objets produits dans le cadre du travail illégal, ou de matériel professionnel ayant permis la production
- Affichage du jugement dans les journaux
- Diffusion de la décision de justice (décision pénale) dans une liste noire sur le site internet du ministÚre du travail. La durée maximale de la diffusion est de 2 ans.
- Interdiction des droits civiques (exemple : droit de vote) et civils (déplacement, parenté, alliance, héritage, etc.).
Pour prĂ©venir le travail illĂ©gal, un contrĂŽle particulier sâimpose en cas de sous-traitance.
En cas de sous-traitance, un sousâtraitant se trouve en situation de travail illĂ©gal dans les cas suivants :
- Dissimulation totale ou partielle dâun emploi salariĂ© (par exemple : absence de dĂ©claration dâun salariĂ©, nonâdĂ©claration du nombre rĂ©el dâheures travaillĂ©es) : il sâagit de travail dissimulĂ© par dissimulation dâemploi salariĂ©
- Absence de dĂ©claration dâune activitĂ© (par exemple : absence dâimmatriculation au RCS ou au RNE) : il sâagit de travail dissimulĂ© par dissimulation dâactivitĂ©
- Mise Ă disposition de salariĂ©s dans le but de faire des bĂ©nĂ©fices : cela correspond Ă un prĂȘt de main-d'Ćuvre (ou marchandage) illĂ©gal
- Cumul dâemplois sans respect des rĂšgles de cumul (par exemple : dĂ©passement du nombre maximal dâheures autorisĂ©es)
- Emploi de travailleurs étrangers qui n'ont pas de permis de travail (visa, carte de séjour, etc.)
- Fausse déclaration pour obtenir des revenus de remplacement (activité partielle, retraite, invalidité, etc.).
Les maĂźtres dâouvrage et donneurs dâordre doivent respecter une obligation de vigilance Ă lâĂ©gard des entreprises avec lesquelles ils concluent un contrat de prestation. Cette obligation de vigilance suppose une vĂ©rification rĂ©guliĂšre de documents obligatoires (justificatif dâimmatriculation, attestation de dĂ©clarations sociales) prouvant la situation du contractant. Elle a pour but de sâassurer que le sous-traitant respecte lâinterdiction de travail dissimulĂ©, de lâemploi de travailleurs Ă©trangers sans titre de travail, etc.
Ce devoir de vigilance qui sâimpose Ă lâĂ©gard du sousâtraitant quand le contrat est supĂ©rieur Ă 5 000 ⏠HT, consiste notamment Ă exiger la preuve de ses dĂ©clarations dâactivitĂ©. Une attestation de vigilance doit lui ĂȘtre demandĂ©e lors de la conclusion et tous les 6 mois jusqu'Ă la fin du contrat. Ce document atteste de la rĂ©gularitĂ© des dĂ©clarations dâactivitĂ© et dâemploi des salariĂ©s.
Jusquâalors le maĂźtre de l'ouvrage n'est pas tenu Ă une obligation de vigilance Ă l'Ă©gard du sous-traitant de son cocontractant. Toutefois, de nouvelles mesures imposeront au maĂźtre de l'ouvrage un devoir de vigilance Ă l'Ă©gard de l'ensemble des sous-traitants intervenant dans lâexĂ©cution du marchĂ©. Ainsi, en cas de chaĂźnes de sous-traitance ou de sous-traitances dites « en cascade », le devoir de vigilance sâappliquera non seulement vis-Ă vis du 1er premier sous-traitant direct, mais Ă©galement vis-Ă -vis de l'ensemble des sous-traitants qui interviennent et que le maĂźtre dâouvrage a acceptĂ©. Lâobligation de vigilance impliquera la vĂ©rification pĂ©riodique, par le maĂźtre de l'ouvrage auprĂšs de lâentrepreneur principal, de documents relatifs Ă la rĂ©gularitĂ© de la situation de sous-traitance en cascade. Ces nouvelles obligations sâappliqueront Ă une date qui doit ĂȘtre fixĂ©e par un dĂ©cret Ă venir.
En cas de travail illĂ©gal commis par un sousâtraitant, le maĂźtre dâouvrage ou donneur dâordre encourt les mĂȘmes sanctions que s'il avait lui-mĂȘme commis l'infraction.
Il est tenu solidairement, avec l'auteur de l'infraction au travail dissimulé, au paiement des impÎts, cotisations, majorations, pénalités, etc.
En cas de chaĂźnes de sous-traitance ou de sous-traitances dites « en cascade », et d'infraction au travail dissimulĂ© d'un des sous-traitants, le maĂźtre dâouvrage ou donneur dâordre sera solidaire financiĂšrement de lâentreprise verbalisĂ©e, mĂȘme sâil nâen est pas le cocontractant direct. Toutefois, la majoration de cotisation ne sâappliquera pas en cas de paiement des sommes dans un court dĂ©lai (qui doit ĂȘtre fixĂ© par dĂ©cret) ou de conclusion d'un plan d'Ă©chelonnement dans le mĂȘme dĂ©lai.
Textes de référence
- Code du travail : articles L8221-1 Ă L8221-2 â DĂ©finition du travail dissimulĂ©
- Code du travail : article L8271-1-2 â Agents compĂ©tents pour rechercher et constater les infractions constitutives de travail illĂ©gal
- Code du travail : article L8271-1-3 â Constatation des infractions par procĂšs-verbal
- Code du travail : article L8271-8
- Code du travail : articles L8222-1 Ă L8222-7 â SolidaritĂ© financiĂšre des donneurs d'ordre et des maĂźtres d'ouvrage
- Code du travail : articles L8224-1 Ă L8224-6 â Sanctions pĂ©nales
- Code du travail : articles R8115-1 Ă R8115-4 â Sanctions administratives
- Code du travail : articles R8211-1 Ă R8211-8 â Publication des dĂ©cisions pĂ©nales
- Code du travail : articles L8256-1 Ă L8256-8 â Sanctions pĂ©nales
- Code du travail : article R8282-1 â Obligation du donneur d'ordre
- Code de la sĂ©curitĂ© sociale : article L133-4-2 â Suppression des mesures de rĂ©duction ou exonĂ©ration de cotisation en cas de travail illĂ©gal
- Code de la sĂ©curitĂ© sociale : article L133-4-5 â Sanction en cas de travail illĂ©gal du sous-traitant
- Code de la sĂ©curitĂ© sociale : article L242-1-2 â Redressement de cotisations sociales
- Code de la sĂ©curitĂ© sociale : articles L243-7 Ă L243-13 â ContrĂŽle des Urssaf (art L243-13 : contrĂŽle sur 3 mois maximum pour les indĂ©pendants et les entreprises de moins de 20 salariĂ©s)
- Code de la sĂ©curitĂ© sociale : article L243-7-7 â Majoration du redressement en cas de travail illĂ©gal
- Code de la sĂ©curitĂ© sociale : article L244-11 â DĂ©lai de prescription
