Démarches Association
Transmission d'entreprise : cession d'actions à un membre de la famille
Chaque action représente une fraction du capital de la société et fait de son détenteur un associé (ou un actionnaire dans la SA). Ainsi la cession d'actions consiste pour un associé (le cédant) à transmettre à un acquéreur (le cessionnaire), les droits qu'il détient dans le capital social de l'entreprise. Cette opération doit respecter un certain nombre d'étapes.
En principe, la cession d'actions en SAS ou SA est libre, la loi ne prévoit aucune procédure d'agrément.
Toutefois, les statuts peuvent contenir des clauses spécifiques pour restreindre les possibilités de cessions.
Clause d'agrément
La clause d'agrément permet de soumettre les cessions d'actions à l'accord des associés, à l'unanimité ou la majorité d'entre eux. L'agrément permet de contrÎler l'entrée de nouveaux associés dans la société et d'écarter ceux dont la présence est, pour une raison quelconque, jugée non souhaitable.
Lorsqu'une clause d'agrément est stipulée, la demande d'agrément est notifiée à la société ou au président. La notification indique les nom, prénoms et adresse de l'acquéreur, le nombre des titres de capital ou valeurs mobiliÚres donnant accÚs au capital dont la cession est envisagée et le prix offert.
Dans le cadre d'une SAS, la clause d'agrément peut viser tout type de cession d'actions : au conjoint, à un descendant ou ascendant, à un associé, à un tiers.
La violation de la clause d'agrément entraßne la nullité de la cession.
Clause de préemption
La clause de préemption (ou « clause de préférence ») offre à l'associé visé un droit de priorité pour racheter les actions que le cédant envisage de céder.
Ainsi, cette clause oblige le cédant à proposer la cession de ses actions à l'associé bénéficiaire avant toute cession à un conjoint, ascendant, descendant ou tiers, etc.
La violation de la clause de prĂ©emption nâentraĂźne pas nullitĂ© de la cession. Toutefois, le cĂ©dant peut ĂȘtre condamnĂ© au versement de dommages-intĂ©rĂȘts en rĂ©paration du prĂ©judice causĂ© au bĂ©nĂ©ficiaire.
Clause d'inaliénabilité
La clause d'inaliĂ©nabilitĂ© interdit la cession d'actions pendant une durĂ©e de 10 ans maximum. Les statuts doivent prĂ©ciser le point de dĂ©part du dĂ©lai d'inaliĂ©nabilitĂ© qui peut ĂȘtre la date de crĂ©ation de la sociĂ©tĂ© ou la date de souscription ou d'acquisition des actions.
PassĂ© ce dĂ©lai, les actions ne sont plus immobilisĂ©es et peuvent ĂȘtre cĂ©dĂ©es librement, sous rĂ©serve d'une clause d'agrĂ©ment ou de prĂ©emption.
Cette clause ne peut ĂȘtre adoptĂ©e ou modifiĂ©e qu'Ă l'unanimitĂ© des associĂ©s.
Par ailleurs, la clause d'inaliĂ©nabilitĂ© peut ĂȘtre adaptĂ©e aux objectifs poursuivis par les intĂ©ressĂ©s. Il peut ĂȘtre prĂ©vu que l'inaliĂ©nabilitĂ© impacte seulement les actions de certains associĂ©s nommĂ©ment dĂ©signĂ©s dans les statuts (ex : les associĂ©s considĂ©rĂ©s comme essentiels Ă la pĂ©rennitĂ© de la sociĂ©tĂ©).
Il est également possible de limiter l'inaliénabilité à une certain proportion de droits sociaux de chaque associé, de sorte que la part excédant cette proportion reste cessible.
Clause d'agrément
La clause d'agrément permet de soumettre les cessions d'actions à l'accord d'un organe de la société (AGO, conseil d'administration, etc.). L'agrément permet de contrÎler l'entrée de nouveaux actionnaires dans la société et d'écarter ceux dont la présence est, pour une raison quelconque, jugée non souhaitable.
Lorsqu'une clause d'agrément est stipulée, la demande d'agrément est notifiée à la société par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. La notification indique les nom, prénoms et adresse de l'acquéreur, le nombre des titres de capital ou valeurs mobiliÚres donnant accÚs au capital dont la cession est envisagée et le prix offert.
La dĂ©cision doit ĂȘtre prise dans un dĂ©lai de 3 mois. Si la sociĂ©tĂ© n'agrĂ©e pas l'acquĂ©reur proposĂ©, les dirigeants sont tenus, dans un nouveau dĂ©lai de 3 mois Ă compter de la notification du refus, de faire acquĂ©rir les titres soit par un actionnaire ou par un tiers, soit, avec le consentement du cĂ©dant, par la sociĂ©tĂ© en vue d'une rĂ©duction du capital.
Dans les SA, la clause d'agrément a une portée limitée, elle ne peut viser que les cessions d'actions aux actionnaires et aux tiers. Ainsi, les cessions au conjoint ainsi qu'aux ascendants ou descendants restent libres.
La violation de la clause d'agrément entraßne la nullité de la cession.
Clause de préemption
La clause de préemption (ou « clause de préférence ») offre à l'actionnaire visé un droit de priorité pour racheter les actions que le cédant envisage de céder.
Ainsi, cette clause oblige le cédant à proposer la cession de ses actions à l'actionnaire bénéficiaire avant toute cession à un conjoint, ascendant, descendant ou tiers, etc.
La violation de la clause de prĂ©emption nâentraĂźne pas nullitĂ© de la cession. Toutefois, le cĂ©dant peut ĂȘtre condamnĂ© au versement de dommages-intĂ©rĂȘts en rĂ©paration du prĂ©judice causĂ© au bĂ©nĂ©ficiaire.
L'important est de se référer aux statuts pour savoir dans quelle mesure le cédant est libre de céder ses actions.
Dans le cadre d'une cession d'actions, la rédaction d'un écrit n'est pas obligatoire. Néanmoins, il est fortement conseillé de constater la cession par écrit pour des raisons de preuves en cas de litige.
Ainsi, l'acte de cession d'actions mentionne les éléments suivants :
- Identité des parties
- Nombre d'actions cédées
- Prix de la cession
- Mode de paiement
- Délai de transfert des actions
Le transfert de propriété des actions s'effectue par virement de compte à compte. L'inscription des actions au compte du bénéficiaire rend la cession opposable à la société et aux tiers.
Il est nécessaire d'inscrire la cession dans le registre des mouvements qui répertorie tous les transferts de titres intervenus.
AprÚs la cession des actions (et notamment lorsque celle-ci implique un changement de contrÎle de la société), l'apparition de dettes inconnues est un risque majeur que l'acquéreur doit éviter pour assurer la pérennité de l'entreprise.
Par la clause de garantie d'actif-passif, le cédant garantit l'exactitude de toutes les informations fournies à l'acquéreur : activité de l'entreprise, comptes sociaux, clients et fournisseurs, charge salariale, répartition du capital, absence de disposition affectant la cessibilité des titres, état des sûretés, prises de participation éventuelles dans d'autres sociétés, litiges en cours, etc.
Cette clause de garantie permet à l'acquéreur de se prémunir contre :
- La découverte d'un passif qui n'avait pas été déclaré au moment de la cession (il doit s'agir d'une dette antérieure à la cession et révélée aprÚs la cession)
- Une évaluation erronée de l'actif dont la valeur s'avÚre finalement inférieure à ce qui avait été convenu (ex : appréciation trop généreuse des stocks).
Si l'une de ces hypothÚses est confirmée aprÚs la cession d'actions, l'acquéreur peut actionner la garantie pour obtenir une indemnisation de la part du cédant.
Il est également possible de conclure une clause de non-garantie d'actif ou de passif lorsque l'acquéreur connaßt bien l'entreprise, soit pour avoir été un associé de référence (ex : un minoritaire représenté au conseil) avant la cession, soit pour avoir été dirigeant de la société cible.
La clause de garantie doit ĂȘtre expressĂ©ment prĂ©vue dans l'acte de cession ou dans un acte sĂ©parĂ© signĂ© par les parties. Elle doit contenir les informations suivantes :
- Catégories de dettes qui entrent dans le champ de la garantie. En l'absence de précision, la garantie couvre l'ensemble des dettes liées à l'activité de la société.
- Date de départ de la garantie : la date qui permet d'apprécier l'origine antérieure ou postérieure de la dette.
- Durée de la clause : entre 3 et 5 ans.
- Calcul de l'indemnisation : le pourcentage de la dette que vous vous engagez Ă prendre en charge. Ce pourcentage peut ĂȘtre dĂ©croissant avec le temps.
- Montant plancher de la garantie : le montant Ă partir duquel la garantie peut ĂȘtre activĂ©e.
- Montant plafond de l'indemnisation : le montant maximum à hauteur duquel le cédant est engagé. Il ne sera pas obligé de payer au-delà .
- ModalitĂ©s de mise en Ćuvre : des informations supplĂ©mentaires nĂ©cessaires pour appliquer la garantie (justification du passif, modalitĂ©s d'envoi de la demande d'indemnisation, etc.).
Les modalités de déclaration varient selon que la cession est constatée ou non par un écrit.
Les cessions d'actions constatées par un acte sont obligatoirement soumises à la formalité de l'enregistrement dans le délai de 1 mois à compter de la date de l'acte.
L'acte de cession doit ĂȘtre dĂ©posĂ© sur place ou par courrier, en 2 exemplaires et accompagnĂ© du rĂšglement des droits (par chĂšque ou virement) au service en charge de lâenregistrement du domicile de l'une des parties ou de la rĂ©sidence du notaire si la cession est rĂ©alisĂ©e par acte notariĂ©.
Les cessions d'actions qui ne sont pas constatĂ©es par un acte doivent ĂȘtre dĂ©clarĂ©es dans le dĂ©lai de 1 mois Ă partir de la date de cession :
- soit au moyen du service en ligne disponible sur impots.gouv.fr dans l'espace professionnel de l'entreprise, rubrique Démarches > Cessions de droits sociaux
- soit au moyen du formulaire n° 2759, Ă dĂ©poser au service de lâenregistrement dont dĂ©pend lâune des parties.
L'acquisition d'actions donne lieu au paiement par l'acquéreur d'un droit d'enregistrement.
Toutefois, l'acte de cession peut prévoir que le paiement des droits est à la charge du cédant ou partagé entre les 2 parties.
Le montant des droits d'enregistrement s'Ă©lĂšve Ă 0,1 % du prix de la cession. Le montant perçu par le service des impĂŽts ne peut pas ĂȘtre infĂ©rieur Ă 25 âŹ.
Le taux passe à 5 % pour les sociétés à prépondérance immobiliÚre, c'est-à -dire les sociétés dont plus de la moitié de l'actif est composée d'immeubles non affectés à son exploitation professionnelle.
En matiÚre de cession d'actions, la modification statutaire n'est pas systématiquement obligatoire. Elle n'est requise que lorsque les statuts fixent la répartition du capital social ou mentionnent l'identité des actionnaires.
Lorsqu'il est nécessaire de modifier les statuts, les modalités de la modification varient selon la forme sociale.
La dĂ©cision de modifier les statuts doit ĂȘtre votĂ©e et approuvĂ©e dans les conditions prĂ©vues dans les statuts eux-mĂȘmes :
- Organe habilité à prendre la décision : conseil de direction, assemblée générale
- Nombre de voix exigé : majorité classique (+ 50 %), majorité des 2/3, majorité des 3/4, etc.
- Quorum exigé : s'il s'agit d'une décision prise en assemblée générale.
En l'absence de précisions dans les statuts, l'accord unanime des associés est requis.
L'assemblée générale extraordinaire ne peut valablement délibérer que si les actionnaires présents ou représentés possÚdent au moins 1/4 des actions (sur premiÚre convocation) et 1/5 de celles-ci (sur deuxiÚme convocation).
Dans le cas contraire, il faudra convoquer une nouvelle assemblée dans les 2 mois au plus tard.
Si le quorum est respectĂ©, les modifications doivent ensuite ĂȘtre dĂ©cidĂ©es Ă la majoritĂ© des 2/3 des voix exprimĂ©es par les actionnaires prĂ©sents ou reprĂ©sentĂ©s. Les voix exprimĂ©es ne comprennent pas celles attachĂ©es aux actions pour lesquelles l'actionnaire n'a pas pris part au vote, s'est abstenu ou a votĂ© blanc ou nul.
La modification des statuts ne fait l'objet d'aucune inscription modificative au RCS, ni d'insertion dans un support d'annonces légales.
MĂȘme lorsque la modification des statuts n'est pas nĂ©cessaire, il est obligatoire d'inscrire la cession dans le registre des mouvements qui rĂ©pertorie tous les transferts de titres intervenus.
Lors de la cession, le cédant peut réaliser une plus-value qui correspond à la différence entre le prix de cession et la valeur d'origine de ses titres de société.
Les plus-values rĂ©alisĂ©es sur la cession des actions peuvent ĂȘtre imposĂ©es selon 2 modes d'imposition diffĂ©rents, au choix :
- Taux forfaitaire de l'impĂŽt sur le revenu
- BarĂšme progressif de l'impĂŽt sur le revenu
Lorsque le cĂ©dant nâa pas prĂ©alablement choisi de mode dâimposition de sa plus-value , câest le « prĂ©lĂšvement forfaitaire unique (PFU) » qui sâapplique. Autrement dit, cette plus-value est imposĂ©e Ă hauteur de 12,8 % au titre du taux forfaitaire de l'impĂŽt sur le revenu, auquel s'ajoutent les prĂ©lĂšvements sociaux au taux de 18,6 %, soit une imposition totale Ă payer de 31,4 % .
L'associĂ© cĂšde pour un montant de 150 000 ⏠les titres de sociĂ©tĂ©s qu'il a initialement achetĂ©s 100 000 âŹ. Il rĂ©alise donc une plus-value de 50 000 âŹ.
- Calcul du montant des prĂ©lĂšvements sociaux : 50 000 x 18,6 % = 9 300 âŹ
- Calcul du montant de l'impĂŽt sur le revenu : 50 000 x 12,8 % = 6 400 âŹ
Il devra donc s'acquitter au total de 15 700 ⏠sur le transfert de ses titres (actions ou parts sociales).
La plus value-rĂ©alisĂ©e par le cĂ©dant sera automatiquement imposĂ©e selon ce taux forfaitaire, sauf sâil opte prĂ©alablement pour une imposition selon le barĂšme progressif de lâimpĂŽt sur le revenu.
Il peut renoncer au taux forfaitaire de 12,8 % et choisir, sur option expresse et rĂ©vocable, d'ĂȘtre soumis au barĂšme progressif de l'impĂŽt sur le revenu. Pour opter, il doit cocher la case 2OP du formulaire cerfa n°2042 au moment de sa dĂ©claration de revenu.
La plue-value est alors prise en compte dans son revenu net global et est imposée selon sa tranche d'imposition (de 0 à 45 %).
Lorsque le cĂ©dant opte pour le barĂšme progressif, cette option vaut pour lâensemble des revenus et gains mobiliers entrant initialement dans le champ du prĂšlĂšvement forfaitaire unique (PFU).
| Tranches de revenus | Taux d'imposition de la tranche de revenu |
| Jusqu'à 11 600 ⏠| 0 % |
| De 11 601 ⏠à  29 579 ⏠| 11 % |
| De 29 580 ⏠à  84 577 ⏠| 30 % |
| De 84 578 ⏠à 181 917 ⏠| 41 % |
| Plus de 181 917 ⏠| 45 % |
Les prĂ©lĂšvements sociaux sont appliquĂ©s de la mĂȘme maniĂšre au taux de 18,6 % sur le montant de la plus-value.
Par ailleurs, lorsqu'il opte pour l'imposition selon le barÚme progressif, le cédant peut bénéficier d'un abattement sur ses plus-values résultant de la cession des titres qu'il a acquis ou souscrits avant le 1er janvier 2018.
Il existe un abattement de droit commun et un abattement renforcé.
Abattement général
L'abattement de droit commun est applicable dans toutes les situations et est directement lié à la durée de détention des actions :
- 50 % pour les titres détenus entre 2 et 8 ans
- 65 % pour les titres détenus depuis plus de 8 ans
Abattement renforcé
L'abattement renforcé est également lié à la durée de détention des actions mais il est plus avantageux fiscalement :
- 50 % pour les titres détenus entre 1 et 4 ans
- 65 % pour les titres détenus entre 4 et 8 ans
- 85 % pour les titres détenus depuis plus de 8 ans
L'abattement renforcé s'applique dans l'une des situations suivantes :
- L'associé cÚde les actions d'une PME de moins de 10 ans à la date de souscription ou d'acquisition des titres : il s'agit d'une entreprise de moins de 250 salariés qui réalise un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions d'euros.
- L'associé cÚde les actions d'une PME dont il est dirigeant et il part à la retraite : il doit avoir été dirigeant en continu et avoir détenu au moins 25 % des droits de la société pendant les 5 ans précédant la cession. Il doit cesser toute activité dans la société et faire valoir ses droits à la retraite dans les 2 ans qui suivent la cession.
Un dirigeant de PME partant Ă la retraite peut Ă©galement opter pour un abattement fixe de 500 000 âŹ. Celui-ci s'applique aux cessions rĂ©alisĂ©es jusqu'au 31 dĂ©cembre 2031, quelles que soient les modalitĂ©s d'imposition des plus-values (taux forfaitaire ou barĂšme progressif). Il n'est pas cumulable avec un abattement proportionnel de droit commun ou renforcĂ©.
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Textes de référence
- Code de commerce : article L227-13 â Clause d'inaliĂ©nabilitĂ© dans les statuts de la SAS
- Code de commerce : article L227-14 â Clause d'agrĂ©ment dans les statuts de la SAS
- Code de commerce : article L228-23 â Clause d'agrĂ©ment dans les statuts de la SA
- Code de commerce : article L23-10-1 â Information des salariĂ©s en cas de cession
- Code de commerce : article L225-96 â DĂ©cision d'assemblĂ©e en SA
- Code de commerce : article L227-9 â DĂ©cision d'assemblĂ©e en SAS
- Code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts : article 726 â Droits d'enregistrement
- Code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts : article 200 A â Imposition de la plus-value rĂ©sultant d'une cession de titres
- Code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts : article 150-0 D ter â Abattement fixe pour les dirigeants de PME partant Ă la retraite
